ASSOCIATION SUISSE DES MUSICIENS
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  Rapport annuel 2007 Association Suisse des musiciens

L’année 2007

En cette époque où la diffusion de la musique a plus de valeur que la musique elle-même, où différentes fondations culturelles attribuent des prix à cette activité de diffusion, où pratiquement aucun festival ne peut se réaliser sans un thème, aucun concert sans un titre, aucune manifestation sans une introduction, je trouve important de se poser la question : ne supportons-nous plus la musique non diffusée, voire même la craignons-nous? Cela ne devrait-il pas justement être dans l’essence de la musique que de s’exprimer dans une langue « qui vient du cœur et parle au coeur », de communiquer justement sans « diffusion », sans devoir apprendre une autre langue, sans aucun « diffuseur »? Pourquoi alors cette crainte, souvent même chez les personnes curieuses et sans préjugés? Alors que c’est souvent le cas, ne devrions nous pas au contraire regretter que la surprise, l’inattendu, voire dérangeant, c'est-à-dire l’aspect non diffusé de la musique contemporaine n’éveille plus l’attention?

Le thème de la saison du Collegium Novum Zürich « Wann haben Sie das letzte Mal etwas zum ersten Mal gehört? » peut se traduire par « quand avez-vous la dernière fois entendu quelque chose pour la première fois? ». Il s’agit d’une question qui touche à nos convictions ; attendons nous encore de la musique contemporaine de la surprise, de l’émotion à l’état pur? Ou cherchons nous pour apprécier l’art un chemin sûr qui passe par une préparation sérieuse et une diffusion soignée?

La fête des musiciens 2007 à Zurich

Je suis très heureux qu’en règle générale l’ASM sache faire l’un sans négliger l’autre : elle essaye de diffuser mais accepte pour le moins aussi la surprise. La fête des Musiciens à Zurich en fut un excellent exemple : on pouvait se contenter de visiter les nombreux concerts du programme aux différents endroits de la manifestation, on pouvait trouver de nombreuses informations et saisir les relations au thème du festival. Mais on pouvait également, en se promenant simplement en ville, vivre des surprises sonores à des endroits inattendus et inhabituels puis passer sans transition à l’étonnement à propos de subtilités ou d’évidences visuelles et sonores : ceci aussi bien pour les neuf installations sonores permanentes ou les manifestations particulières comme les performances vocales dans le cadre du grand projet « Schauwerk » et les improvisations avec des instruments et objets sonores roulants de « lauter Blech ». Dans les espaces publics, il a été possible de faire planer un « appel à la prière » chaque soir au dessus de la Limmat, de faire émerger des sons étranges des canalisations de la Kirchgasse, de faire chanter des crickets derrière la maison de Pro Helvetia au Hirschengraben, et de faire muter des passants en musiciens dans le Passage du Kunsthaus. Et quelle belle coïncidence que ces jours-là, justement, totalement indépendamment de notre fête, l’artiste zurichois Johannes Gees ait lancé le cri du muezzin du haut de la cathédrale !

A la base de la planification du projet il y avait la collaboration avec le 18ème Congrès international de la Société de musicologie. Un effet secondaire fut que nous avons pu découvrir de nombreux visages inconnus. Par ailleurs, les participants aux deux manifestations avaient libre accès à tous les événements, également de l’organisation partenaire. Ceci fut un encouragement pour nos membres à suivre à nouveau une bonne conférence. Nous avions choisi dès le début avec l’Institut de musicologie de l’Université de Zurich le thème des « passages » qui s’est révélé très souple et très adéquat pour nos besoins.

Ce sont 16 concerts qui ont eu lieu à la Haute Ecole de musique, à la maison de la culture Helferei et à la Mairie. Ils étaient de très haute qualité aussi bien en ce qui concerne les œuvres que leur interprétation. La participation du public a, pour une fois, dépassé nos attentes et même les manifestations qui avaient lieu en parallèle furent bien voire même très bien visitées. Le public le plus nombreux se retrouva lors du concert final du 3ème concours de composition pour enfants et jeunes que l’ASM avait organisé en partenariat avec la Camerata Zurich. Les auditeurs ont été émerveillés par les compétences et l’imagination de la relève la plus jeune.

Il nous a également tenu à cœur de mettre en valeur la génération un peu plus âgée, à savoir les étudiants. A l’occasion de la journée des Hautes Ecoles, les ensembles des Ecoles de Bâle, Berne, Lucerne, Lugano et Zurich ont présenté des pièces de leurs classes de composition. Ce fut un kaléidoscope coloré d’œuvres variées et de tendances diverses, une large vision d’un paysage musical très prometteur pour l’avenir.

Le traditionnel banquet que nous offrons à nos membres mérite cette année d’être cité plus particulièrement. En effet il ne s’agissait cette fois pas seulement d’un plaisir pour la bouche : des musiciennes et musiciens nous ont servis et nous ont réjouis avec quelques performances musicales. Nous avons alors réalisé que certains actes quotidiens peuvent nous surprendre et offrir beaucoup plus quand l’ensemble de nos sens est aiguisé.

L’ASM n’a pas souvent eu l’occasion de se présenter à un aussi large public. La résonance dans les médias fut d’autant plus importante, les grands quotidiens en ont largement parlé, la radio DRS a enregistré 5 concerts et a programmé certains extraits dans ses programmes.


Travail de politique culturelle

Notre collaboration dans le cadre de Suisseculture a été intense cette année, deux grands sujets de politique culturelle étant en cours de traitement au parlement fédéral. La révision de la Loi sur les Droits d’Auteurs s’est achevée à la satisfaction de tous les milieux des artistes créateurs, quasiment l’entier des demandes qui avaient été formulées ayant été adoptées par le parlement. Les discussions sur la Loi sur l’Encouragement à la Culture et la Loi sur Pro Helvetia ont eu pour but de préparer les débats des commissions et du parlement. Nous nous sommes engagés notamment pour l’inscription dans la loi d’une disposition pour la prévoyance et l’assistance des artistes.

Prix Marguerite Staehelin

Tous les deux ans, nous attribuons le prix de composition Marguerite Staehelin de l’Association des Musiciens. Cette année, ce prix a été décerné à Roland Moser. Né à Berne en 1943, Roland Moser a étudié auprès de Sándor Veress et Wolfgang Fortner. Membre de l’ « Ensemble Neue Horizonte Bern », il enseigne la composition à l’académie de musique de Bâle. Il a créé une œuvre extrêmement riche, allant de pièces conceptuelles jusqu’à des opéras, tel  « Avatar », selon Théophile Gauthier. Son travail avec les romantiques, tels Heine, Runge, Brentano, Ritter ou Novalis  occupe une signification centrale dans son oeuvre. Ce prix lui a été remis le 8 septembre 2007, après la représentation de « Brentanophantasien », dans le cadre du Festival de Lucerne qui, cette année, lui a été consacré, avec trois points forts du festival. La laudatio de Peter Schweiger figure en allemand dans le présent rapport.


European Composer’s Forum ECF

Le forum européen des compositeurs ECF, composé d’associations de 22 pays de l’espace culturel européen a été fondé en 2006. Ulrich Gasser y représente l’ASM. 
Il s’agit d’une organisation dont le but est d’intensifier les relations entre les compositeurs européens et de leur donner un poids plus conséquent auprès des instances politiques. Son secrétariat, dirigé de manière compétente par Frank Stahmer, se trouve à Vienne (www.composersforum.eu).

Avec l’Alliance of Popular Composer Organisations in Europe APCOE et la Federation of Film and Audiovisuel Composers in Europe FFACE l’ECF est le troisème pilier  de l’European Composer and Songwriter Alliance ECSA, qui a été fondée début 2007 à Madrid. L’ECSA est l’organisation faîtière des compositeurs de tous les genres musicaux et se veut être leur représentant sur la scène politique particulièrement à Bruxelles.

L’assemblée générale de l’ECF a eu lieu à Varsovie les 25 et 26 septembre. Des représentants de 15 pays y ont discuté de l’avenir de l’association.  L’association des compositeurs polonais, qui fêtait en même temps le 50ème anniversaire du Warschauer Herbst, a organisé cette rencontre de manière parfaite, et nous a offert un programme passionnant.  Une réunion simultanée de l’International Association of Music Informations Centres IAMIC nous a permis d’engager des discussions avec eux, sur le thème de la musique contemporaine et des festivals.

Le but essentiel de l’ECF est le travail de fond politique. Afin de renforcer sa visibilité, des projets spéciaux seront mis sur pied. En 2008 aura lieu pour la première fois „ARTMUSFAIR“, une foire  internationale de la musique contemporaine « classique » qui se déroulera à Helsinki. Suivra également la création d’un  „European Composer Awards for Contemporary Classical Music“. Pour des raisons d’organisation pratique, les créations d’un „European Contemporary Composers Orchestra“ ECCO pour jeunes musiciens et d’un projet pédagogique „Audience Development for Contemporary Music in Europe“ ont pour l’instant été reportées.


La production de CD/DVD

Il y a 10 ans, naissait l’idée de créer une série de CD, qui s’intéresse au support CD en tant que tel et se différencie artistiquement de la production de « portrait d’ensembles », ou d’extraits d’enregistrements live à titre de documentation.
Le rôle du CD a beaucoup évolué ces dernières années. Le téléchargement de musique est également devenu une alternative au CD pour les musiques classique et contemporaine.
Ce changement, ainsi que la perception de ce support ont eu pour conséquence une diminution de sollicitations de la part de musiciens, et une production réduite à un CD cette année: « himmeltindan » de l’ensemble <strøm> (Gaudenz Badrutt et Christian Müller).


musinfo et musamateur

Le centre d’information musinfo est toujours pour nous un projet important et nous y participons activement. Nous projetons de modifier le graphisme ainsi que la structure de façon importante et cherchons à cet effet des partenaires qui nous soutiennent aussi bien sur le concept que financièrement. musamateur, la base de données de la musique suisse dans le domaine des amateurs et de l’enseignement, fait aussi partie de cette extension et nous intensifions également ce travail.


Internet et la newsletter

Ce n’est pas tant par effet de mode que l’ASM  a décidé en fin d’année de communiquer à l’aide d’une newsletter. Nous considérons en effet qu’il s’agit d’un noble devoir que d’avoir des échanges intenses et réguliers avec nos membres, de les informer de nos décisions et également de leur communiquer nos plans et projets. Notre site internet, qui est largement documenté et comporte également un forum de discussion, continue à jouer un rôle important dans ces échanges d’informations. La newsletter ne paraîtra pas selon un planning régulier, mais en fonction des besoins et de l’actualité.


dissonanz/dissonance

L’année 2007 restera dans les mémoires comme l’année du numéro 100 de dissonance, un numéro qui a été complètement consacré au sujet qui lui a donné son titre : la dissonance. De concert avec l’équipe de rédaction nous avons décidé de publier un livre dont le titre est : « édition dissonance : SchweizerKomponisten/ compositeurs suisses ». Il s’agit d’un recueil de 70 essais, analyses, portraits et dialogues, qui reflètent essentiellement les articles parus depuis 1998 dans la rubrique « Schweizer Komponisten/compositeurs suisses » de la revue. Le livre sera édité en 2008 par la maison d’édition PFAU (Saarbrücken). Il cherche à élargir le discours à propos de la musique suisse au-delà de nos frontières.
En fin d’année, suite au départ de Sebastian Aeschbach, la responsabilité de la rédaction française a été reprise par Yaël Hêche.
 

Finances

La gestion financière de l’ASM est un souci permanent, les aides et subventions diminuant d’une année à l’autre de façon malheureusement constante. La Confédération a procédé en 2007 à une réduction supplémentaire de Frs 6'000.- qui ne sera probablement pas appliquée en 2008. De plus certaines contributions, notamment de la Fondation SUISA ont été diminuées, ce qui rend notre travail plus difficile, notamment pour les productions de CD. Les fonds de la Fondation de l’Economie pour les Arts qui a changé de nom et s’appelle maintenant fondation Symphasis, ont également diminué, ils ont néanmoins cette année encore été affectées aux requêtes. Toutes ces difficultés expliquent le léger déficit lors du bouclement 2007.

 

Collaborations diverses

Les collaborations avec des organisations apparentées et un travail en réseau optimal sont pour nous une priorité. Cela signifie concrètement des collaborations ou des participations dans les organismes suivants :
- comité de Suisseculture, l’association faîtière des auteurs et interprètes,
- groupe de travail PAcK (présence action culture) qui traite essentiellement des problématiques liées aux subventions fédérales aux associations culturelles,
- comité de l’association Fête des Arts,
- comité musinfo et musamateur. Dans ce cadre, collaboration avec l’Institut de musicologie de l’Université de Zurich, les Editions musicales Suisses SME/EMS et la Fondation SUISA pour la musique,
- communauté de travail pour la diffusion de la musique suisse Grammont. Dans ce cadre collaboration avec Pro Helvetia, la Fondation SUISA pour la musique, Radio DRS et la fédération des coopératives Migros,
- Fondation SUISA pour la musique et Pro Helvetia pour l'attribution de subsides pour l'établissement de matériels d'orchestre,
- Fondation Kiefer Hablitzel pour l’attribution des prix d’études,
- conseil de fondation Nicati -de Luze pour le soutien de projets,
- conseils des fondations Caisse de secours, Hermann Suter, Bourses musicales, Marguerite de Reding,
- conseil de fondation et commission artistique du Concours suisse de musique pour la jeunesse,
- conseil de fondation et assemblée des délégués de la Fondation Zwyssighaus
- comité et secrétariat de l’Association Casa Pantrovà
- European Composers Forum ECF.


Remerciements

Ces six premiers mois de présidence ont  permis de mettre en mouvement déjà plusieurs choses qui me tenaient à coeur. Cela concerne notamment la promotion de forces jeunes, une communication transparente et une politique culturelle active, ceci étant en ce moment d’une importance cruciale pour notre profession. Il me serait évidemment impossible de réaliser ceci tout seul. Cela implique de nombreuses personnes avec qui j’ai eu le plaisir de travailler ; elles ont mis à notre disposition leurs compétences, leurs connaissances et leurs convictions, dans le but de soutenir la musique contemporaine et ses acteurs. Un grand merci va tout particulièrement à mes collègues du comité pour leur participation coopérative, créative et engagée ainsi qu’à nos collaborateurs du secrétariat pour leur travail compétent et efficace. Grâce à l’action conjuguée de tous, il sera également possible de travailler l’an prochain le bien de notre association et pour une scène vivante de la musique suisse.

 


Zurich, avril 2008
Matthias Arter, président



 


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